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© Étienne Begouen

Enclaves Calcaires de Châteaupanne

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    Ha

    À Châteaupanne, un paysage insolite

    Il est de ces balades qui ne ressemblent à aucune autre. À Montjean-sur-Loire, le sentier qui serpente dans l’espace naturel sensible de Châteaupanne en fait partie. Étroit, il s'enfonce dans les bois, s’en va courir en bord de Loire ou longe de vieux murets de pierres. Devenant presque sentine, il s’engouffre aussi entre les prairies sèches. Là paissent des moutons.

    Plus loin, une étrange forteresse épouse la jungle environnante. Mais le clou du spectacle, et tout l’intérêt du site, c’est bien l’ascension en haut d’un récif corallien ! Aussi surprenant cela soit-il, il y avait là une mer qui s’étendait à perte de vue, il y a quelque 400 millions d’années.

    Aujourd’hui, le panorama est tout autre. Dominant une carrière encore en activité, le visiteur se voit proposé plutôt un Voyage au centre de la Terre qu’un Vingt Mille Lieues sous les mers. Une plongée (du regard) qui n’en est pas moins saisissante.

    La carrière de Châteaupanne constitue ainsi un site original pour le Maine-et-Loire et, plus largement, pour le massif armoricain. Ce type de milieu calcaire y est peu commun.

    Les carrières sont par ailleurs des habitats rares et localisés. Une faune atypique y profite du sol nu et des nombreuses cavités des parois. De beaux rapaces et de plus petits hôtes non moins remarquables y ont notamment leurs habitudes.

    Haut lieu botanique de l'Anjou, le site de Châteaupanne vaut également le détour pour sa flore. Une grande variété de plantes y est à découvrir, dont certaines fort inhabituelles pour la région ! Les botanistes étudient le site pour ses richesses actuelles comme passées. À Montjean-sur-Loire ont ainsi été découvert deux fossiles marquants : ils chamboulent l’histoire évolutive des plantes telle qu’on la connaissait jusqu’alors...

    Pour découvrir le site, suivez le sentier nature « Le Calcaire et le Végétal »

    Faune et flore des enclaves calcaires de Châteaupanne

    Petites envolées éparses parmi l’herbe rase

    Des insectes bondissent à vos pieds ? Ce sont des criquets et des sauterelles affectionnant les sols secs et chauds du coteau. Si vous n’avez qu’entraperçu un flash bleuté, c’était sans doute l’Oedipode turquoise, un criquet qui n’a de coloré que l’intérieur des ailes. Moins facile à voir, le Criquet pansu, un insecte du Sud rare en Anjou, est également présent. Il tient son nom de son gros abdomen en comparaison à ses toutes petites ailes. Quant à la Decticelle côtière, c’est une sauterelle qui a un tout autre appendice de « très gros ». Tout du moins, les mâles : avec des testicules représentant près de 14% de leur masse corporelle, ils détiennent le record du monde animal !

    Ces insectes, comme d’autres, finiront peut-être dans la gueule d’un prédateur qui lézarde sur les rocailles. Tout vert, il s’agit bien sûr du Lézard vert ou Lézard à deux raies ! Gare également aux pièges tissées par les araignées comme ceux de la Mygale chaussette, une des deux seules mygales présentes en France !

    Quelques très beaux papillons volettent par ailleurs dans les prairies et pelouses de Châteaupanne. L’Azuré du serpolet, une espèce menacée de disparition en Pays de la Loire, en est l’un d’eux.

    Plumés ou poilus, des chasseurs volants émérites

    Faucon crécerelle et Épervier d’Europe ont fait de Châteaupanne leur terrain de chasse, tout comme le Faucon pèlerin. Ce dernier opère aujourd’hui un retour en grâce en France après avoir frôlé l’extinction. Ses effectifs sont notamment en progression en Maine-et-Loire grâce aux efforts de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) et d’autres organismes.

    Très rarement observé en Anjou, le Tichodrome échelette a été aussi vu de façon répétée sur la carrière. Très élégant, cet hivernant nous vient des chaines de montagnes d’Europe et d’Asie occidentale. Il pourra être observé par les chanceux lorsqu’il cherche les insectes sur les parois à pic.

    La nuit, c’est au tour des chauves-souris d’animer les lieux. Elles sont nombreuses à profiter de la longue et large paroi rocheuse. Les nombreuses cavités qui la parsèment en font un vaste hôtel à chiroptères. 12 espèces différentes ont ainsi été répertoriées en 2014 sur le site : des murins (Murin de Daubenton, Murin à oreilles échancrées et Murin à moustaches), des pipistrelles (Pipistrelle de Kuhl et Pipistrelle commune), le Grand Rhinolophe ...

    4 000

    En 2008, c'est le nombre de pieds d’Orchis homme pendu qui avait été recensé ! L’ENS abrite la plus importante population de cette belle orchidée dans les Pays de la Loire.

    Au royaume des orchidées

    Le site naturel de Châteaupanne est réputé pour ses belles et nombreuses orchidées. Poussant dans les prairies, elles s’invitent parfois au bord du chemin ! Après la floraison de l'Ophrys araignée en avril, ce sont l'Orchis singe et l'Orchis homme pendu qui viennent éblouir les yeux des promeneurs.

    Les fleurs de ces deux orchidées sont reconnaissables entre mille. Leur nom en est un bon indicateur : le labelle (le pétale inférieur) ressemble à s’y méprendre à la silhouette d’un macaque en pleine course pour l’un, ou à celle d’un être humain, un peu moins vif, pour l’autre.

    La présence de l’Orchis singe et de l’Orchis homme pendu sur le même site, parfois à quelques pieds l’un de l’autre, favorise par ailleurs leur hybridation. Châteaupanne fait ainsi partie des rares lieux où l’on peut admirer leur magnifique progéniture !

    Plantes singulières des régions ensoleillées

    Si les orchidées ont la cote auprès des randonneurs et photographes, elles sont loin d’être les seules plantes remarquables de Châteaupanne. Le coteau calcaire, baigné de soleil, accueille notamment plusieurs espèces méditerranéennes comme la Campanule à petites fleurs. En danger critique d’extinction en Pays de la Loire, celle-ci se reconnaît à sa fleurette bleue ou lilacée, perchée en solitaire au bout d’une tige grêle et velue.

    Les conditions sont également idéales pour l’Hélianthème commune, un arbrisseau bien visible au bord du sentier. Ses fleurs, d’un jaune éclatant, lui ont valu le surnom de « Fleur du soleil » !

    Le sous-bois ombragé, parsemé de Fougères scolopendres, abrite lui aussi des espèces remarquables. De nombreux champignons rares y ont été découverts.

    L’anecdote du naturaliste Le plus vieux fossile ligneux au monde

    En creusant la roche, le passé ressurgit. Des végétaux très anciens ont été mis au jour dans la carrière de Châteaupanne en 2006. Découverts par la paléobotaniste Christine Strullu-Derrien, ils ont la particularité d’être ligneux et d’être vieux de 407 millions d’années. Autrement dit, la chercheuse a découvert du bois datant du Dévonien. Pour les botanistes connaisseurs, c’est là une découverte bouleversante. On pensait en effet que les végétaux produisant du bois comme les arbres et arbustes étaient bien plus récents ! La découverte amène même à repenser le schéma évolutif des plantes : le bois serait apparu avant les graines et les feuilles !

    L’espèce responsable de cette incroyable découverte a été judicieusement nommée « Armoricaphyton chateaupannense »

    À Montjean-sur-Loire, un gisement de calcaires en or !

    Au nord de la carrière, voilà des « énormes édifices trapus et ventrus ». C’est ainsi que les décrit le journaliste Victor Ardouin-Dumazet au tout début du XXe siècle. Ils ont l’allure d’une forteresse abandonnée, épousant la nature alentour. En haut des murailles, les arbres semblent même faire le guet. En pénétrant à l'intérieur de ce bastion, le randonneur se rendra compte qu'il n'y a rien de féodal là-dedans. À la façon d'un puits inversé, il se retrouve au fond d’une énorme cheminée. C’est que ce sont là d’impressionnants fours à chaux ! Les plus anciens datent du XVIIIe siècle, dont celui étrangement baptisé « Jalousie ».

    L'industrie de la chaux fait partie de l'ADN de Montjean-sur-Loire. N'est-elle pas d'ailleurs surnommée « Montjean la blanche » en référence à la couleur de cette pierre ? Dès le XVe siècle et jusqu'au XXe siècle l'activité chaufournière a été centrale pour la commune angevine. Le calcaire extrait des carrières était cuit grâce au charbon pour donner de la chaux, exporté ensuite via la Loire. Cette activité industrielle laisse aujourd'hui un patrimoine bâti qui impressionne par ses spécificités architecturales et le nombre de sites. Celui de Châteaupanne a d’ailleurs été classé aux Monuments historiques en 1987.

    Un espace naturel sensible en action

    Depuis 2013, le Département accompagne des actions de préservation, de restauration et de valorisation des enclaves calcaires de Châteaupanne. Le carrier a notamment travaillé avec le CPIE (Centre permanent d’initiatives pour l’environnement) afin que les pelouses calcaires soient entretenues. Préserver ces milieux se révèle en effet primordial pour que plusieurs espèces patrimoniales puissent se maintenir sur le site.

    Certains logis d’été et d’hiver des chauves-souris ont également été sécurisés afin qu’elles ne soient pas dérangées. C’est notamment le cas des fours à chaux et de la Maison blanche, un grand bâtiment industriel où se réunissaient autrefois les ouvriers du site. Dans la salle de réunion ce sont aujourd’hui des centaines de chauves-souris qui siègent là, comme le Grand Rhinolophe !

    Découvrir l’ensemble des actions du Département de Maine-et-Loire pour la préservation des écosystèmes angevins

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